L’interview d’Anthony Carter [PARTIE 2]

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« Pouvoir me glisser dans la peau de quelqu’un d’autre et avoir une nouvelle vie à chaque nouveau spectacle, c’est ça qui me plaît dans ce métier. »

-Comment as-tu découvert le théâtre?

Ici, au lycée Claude-Nougaro, à 17 ans, dans le club de théâtre. J’ai ainsi rencontré d’autres élèves qui étaient à l’atelier théâtre de Caussade, Quercy Production qui m’ont invité à les rejoindre. J’avais toujours voulu en faire et je ne savais pas que c’était accessible comme ça. Et donc tout a commencé à ce moment-là. (NDLR. Informations supplémentaires : tarifs de 75€ par trimestre, 225€ à l’année. Différents cours proposés divisés en catégories d’âges : 6-10 ans, 11-18 ans, adultes)

-Il y a une chose en particulier qui t’a donné envie de devenir comédien ?

Eh bien à l’âge de huit ans quand j’ai regardé Titanic, l’interprétation de Léonardo DiCaprio m’a donné envie de faire ce métier, retranscrire des émotions aussi proches de la réalité en les feignant.

-En ce moment, à quels genres de projets participes-tu?

En ce moment je suis dans une adaption de « La Flûte enchantée » de Mozart, où je joue le rôle de Mozart. C’est l’histoire de l’écriture de ce célèbre opéra composé par Mozart et écrit par Emanuel Schikaneder, qui était à l’époque un directeur d’opéra populaire en Autriche alors que Mozart, lui était plutôt renommé à la cour.

Je suis aussi sur un autre projet, « Cruci-fiction », une pièce mise en scène par Gilles Ramade qui a été jouée sur Pibrac. C’est une pièce sur une troupe de théâtre du Moyen Âge voulant créer un mystère (l’équivalent du drame aujourd’hui) sur la dernière journée de Jésus. Sauf qu’à cette époque le public n’était pas habitué aux codes du théâtre, donc en montant en scène des actions comme manger ou mourir, le public se sentait bafoué et réagissait très mal par rapport aux comédiens ; ils leur jetaient des fruits et des légumes parce qu’ils étaient mécontents. Donc, le metteur en scène de cette fameuse troupe a eu pour idée d’engager un condamné à mort pour jouer le rôle de Jésus et de le crucifier à la fin de la représentation, pour que le public soit satisfait.

Je joue aussi dans les « Fourberies de Scapin » et « Le médecin malgré lui » de Molière. Et dans « Correspondance intime 1914 », une pièce écrite par Sylviane Lhéry, la femme du metteur en scène avec qui je travaille sur Caussade. C’est basé sur les correspondances entre un mari et sa femme pendant la guerre de 14-18.

-Avec tous ces projets en cours, t’arrive-t-il parfois de te tromper de texte ?

Oui ça arrive, mais rarement vu qu’on essaie de bien faire notre travail et de réviser correctement le texte en temps et en heure. Quand ça arrive on continue, on se rattrape, pour que le public n’y fasse pas attention ! Même si c’est quand même rare de confondre deux répliques de deux spectacles différents, quand on est à fond dans son personnage ; on a nos repères, nos déplacements, l’habitude de le répéter et ça a tendance à venir assez facilement. Sauf pour certaines pièces de Molière où il avait tendance à reprendre les mêmes formulations de phrases pour les personnages. Par exemple dans « Le médecin malgré lui » où je joue le rôle du médecin je dis « Ne vous mettez pas en peine, de quoi est-il question ? » alors que dans « Les Fourberies de Scapin » je dis « Ne vous mettez pas en peine, combien est-ce qu’il vous faut? » ; c’est quand même difficile de se tromper vu que c’est très contextuel et naturel et c’est logique.

-Combien de temps il te faut pour apprendre un texte ?

Ça dépend des textes. Celui qui m’a demandé le plus de temps c’est « Les Fourberies de Scapin » pour lequel j’ai bien mis trois semaines d’apprentissage tous les jours, pendant trois bonnes heures au moins. C’est plus approfondie que pour une leçon, il ne suffit pas de ressentir le texte mais aussi de savoir l’intégrer, l’interpréter et le ressortir tout en se déplaçant et en vivant des émotions. Alors qu’une leçon il suffit de la ressortir et selon ce que l’on apprend il y a une logique.

-Comment ton entourage voit ta profession ?

Très bien, je suis chanceux là-dessus. Ma mère me verrait plus dans le cinéma mais bon c’est bien plus compliqué d’y entrer, plus fermé que le théâtre si on n’a pas de relations dans le milieu. Il faut également accepter de galérer à Paris pendant des mois et des mois, voire des années.

-Comment tu te sens quand tu montes sur les planches, à la lumière, quand tous les regards sont rivés sur toi ?

Etrangement ce n’est pas le fait que beaucoup de personnes me prêtent de l’attention qui m’attire mais pouvoir me glisser dans la peau de quelqu’un d’autre et d’avoir une nouvelle vie à chaque nouveau spectacle. C’est ça qui me plaît dans ce métier.

-Quand tu vas voir une pièce, est-ce plus facile pour toi de voir quand il y a une faille dans le jeu des comédiens ?

Bien sûr, forcément, et des fois c’est presque désagréable vu que tu ne peux pas t’empêcher d’avoir des réflexions par rapport à la pièce, de remarquer des problèmes d’accessoires, de texte… Du coup ça te sort de l’immersion du spectacle. Mais en même temps, si l’immersion n’est jamais rompue pendant un spectacle par quelconque pensée, c’est d’autant plus flatteur pour le spectacle, ça a encore plus de valeur.

-Est-ce que ça t’arrive de « jouer un rôle » dans la vraie vie ? Est-ce que cela te permet d’être plus sûr de toi, convaincant, persuasif?

Bizarrement, dans la vie je déteste mentir. Je n’y arrive pas parce que je ne le veux pas, je pourrais mentir ou manipuler mais je me sens très mal à l’aise. Et puis je pense que le fait de le faire sur scène m’enlève l’envie de le faire dans la vie de tous les jours. Par contre il est vrai que quand j’étais petit, avant de faire de théâtre je m’amusais souvent à faire croire des choses incroyables à des amis très proches. Une fois je me suis même amusé à faire croire à mon meilleur ami que j’avais un frère jumeau dont je ne lui avais jamais parlé. Parce qu’une fois je l’avais croisé en ville et comme j’étais pressé je n’ai pas pris le temps d’aller lui dire bonjour. Et quand il m’a appelé pour me le dire, j’ai eu cette idée et je l’ai bien amenée ! On est restés une demi-heure au téléphone, j’ai même fait semblant de pleurer jusqu’à qu’il y croit et se mette aussi à pleurer. J’ai bien évidemment fini par lui dire la vérité.

-Par rapport à ta famille, tu regrettes d’être amené à être parfois moins présent?

Je suis forcément amené sur des périodes à être moins là. De ne rentrer que les week-ends pendant un mois, par exemple. Néanmoins j’ai quand même un fort besoin d’indépendance et d’être hors routine, de travailler à l’extérieur. Par contre je suis très proche de mon fils et de ma famille mais aussi très présent et heureux d’être là quand c’est le cas.

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