Interview de Kevin Figuier, journaliste

-Pourriez-vous vous présenter?

Je suis Kevin Figuier, je suis né à Versailles (78), j’ai 26 ans et je vis à Toulouse. Je suis photojournaliste et rédacteur indépendant. « Indépendant » car je travaille pour plusieurs journaux locaux. Je gère personnellement mon emploi du temps professionnel. Je réponds à des commandes ou j’envoie des propositions de sujets. Depuis sa création en mai 2015, je suis réserviste dans la réserve citoyenne de l’Éducation nationale. 

-Quel est votre rôle en tant que réserviste?

Mon rôle en tant que réserviste est d’intervenir au collège ou au lycée dans une ou plusieurs classes. Je fais de l’éducation aux médias. C’est à la demande de l’enseignant que j’interviens soit pour un exposé ou alors pour animer un groupe. Dans un collège de Bellefontaine à Toulouse, j’ai aidé des apprentis journalistes dans l’élaboration de leur journal. C’était passionnant ! A ce jour, je compte 5 interventions dans des établissements différents.

-Quel parcours avez vous suivi?

Vu le métier que j’exerce, j’ai un parcours atypique mais qui se calque bien avec la tradition familiale. J’ai fait du droit, je trouve cette matière très intéressante mais je ne me sentais pas en capacité mentale de tenir tant d’années pour ensuite devenir juge. Je voulais entrer dans la vie active, dans le vif du sujet, quitte à connaître la précarité. J’ai donc arrêté le droit. Il faut savoir que depuis mon adolescence, j’ai une passion. La photographie. Un peu comme tout le monde, j’ai commencé avec les petits appareils photos rectangle puis la démocratisation des réflex numériques m’a permis de réaliser des images que je ne pouvais pas créer à cause des contraintes techniques des petits appareils photos. A Toulouse, lors d’une manifestation, un journaliste est venu me voir et avait aimé ce que je faisais comme images. A cette époque, j’avais un blog photo. C’est à partir de ce moment que je suis officiellement entré dans le monde du journalisme. D’abord en tant que photojournaliste puis après comme rédacteur.


-Comment se passent les études?

A Toulouse, il y a deux écoles intéressantes pour devenir journaliste. L’École de journalisme de Toulouse (EJT) est l’une des 14 écoles reconnues par la profession. C’est à dire que l’enseignement dispensé est reconnu par la Convention collective nationale de travail des journalistes. La formation répondra aux exigences de savoir-faire que la profession impose pour exercer le métier de journaliste. Il s’agit d’un concours accessible deux années après le bac. La formation dure 3 ans. 

L’autre école pour apprendre le métier et ses ficelles, c’est de faire l’Institut d’études politiques ou ce que l’on appelle couramment Science-Po. Avec le master en journalisme dont la formation dure deux années vous sortirez avec un bac+5 et la possibilité d’ouvrir facilement des portes afin de trouver du travail. Pour ma part, je compte consolider mes acquis en reprenant des études afin de me perfectionner. Je pense faire l’École supérieure de journalisme de Lille. L’une des meilleures écoles dans notre pays. 

-Aimez vous toujours être journaliste ? Qu’est ce qui vous a donné envie de le devenir?

Oui, aujourd’hui encore j’aime beaucoup mon métier. Tous les jours nous faisons de nouvelles rencontres. Ce sont des personnes qui viennent de tous les horizons et qui ont des parcours de vie différents les uns aux autres. Parfois, les actualités peuvent être tristes et sur certains reportages ou interviews, je peux être confronté à des situations difficiles. Avec le temps on prend l’habitude, on se forge une carapace mais on n’oublie jamais d’être respectueux et de faire preuve d’empathie. De manière plus positive, on a la chance de découvrir des choses que le public ne peut pas voir. L’un des derniers sympathiques reportage que j’ai pu faire m’a amené à visiter les réserves du Muséum de Toulouse et de ses ateliers où ils conçoivent à l’abri des regards les futures expositions temporaires. Ce côté exclusif est toujours aussi enrichissant intellectuellement.

Au lycée, mon ancien professeur d’histoire avait une autre casquette, celle de producteur de documentaires radio sur France Culture. Après avoir écouté plusieurs de ses créations, j’ai aussi eu l’envie de vouloir en faire. J’aime beaucoup la radio et les sons. Ce média est puissant et peut vous transporter dans n’importe quelle situation. Il suffit de fermer les yeux et d’entendre par exemple le bruit de la pluie pour tout de suite imaginer l’orage autour de vous.  J’ai réalisé quelques documentaires, certes avec mes moyens et à mon échelle mais j’étais content du rendu final et mon professeur l’était également. Pour ainsi dire, c’était inconsciemment le premier pas vers le journalisme.

-Quelles qualités doit avoir un bon journaliste d’après vous?

Un journaliste se doit d’être constamment curieux mais aussi de penser contre soi-même, il faut s’affranchir de ses préjugés. La réalité et la vérité est parfois plus complexe qu’on ne le pense. Aussi, un journaliste se doit d’être indépendant. Indépendant des pressions exercées par le pouvoir de l’État ou des puissances de l’argent. 

Il se doit aussi de garder un minimum de neutralité, surtout à l’heure des réseaux sociaux où il est très facile de donner son avis subjectif en quelques clics. Aujourd’hui, les gens confondent journalistes et éditorialistes, ces derniers donnent leur avis sur une actualité. Le journaliste ne fait pas de commentaire, ce n’est pas son rôle. Il faut dire qu’il y une défiance du public par rapport à la profession, on ramasse les pots cassés de certains journalistes très médiatiques. C’est aux reporters qui vont sur le terrain tous les jours de rétablir le climat de confiance et d’inverser la tendance. Il faut le redire, tous les journalistes ne sont pas aux pieds d’un hypothétique pouvoir.

-Quels sont vos projets en cours?

J’ai plusieurs projets pour année. Je reprends la rédaction en chef d’Aparté.com, c’est un site d’information créé en 2010 par des étudiants de Science-Po. Je dois coordonner une rédaction d’une vingtaine de personnes. J’ai aussi en tête un partenariat avec une web-radio avec laquelle j’avais déjà collaboré. A deux, on va plus loin que seul. 

J’ai aussi un autre projet, plus à long-terme, il s’agit d’une série de photos documentaire. Ce challenge devrait m’occuper pour une année, de manière ponctuelle. 

De manière constante, il faut avoir des idées d’une part pour occuper son esprit et d’autre part pour vendre des sujets à des journaux. 

-Le fait d’être un journaliste indépendant n’assure pas forcément des revenus et un travail régulier, cela ne vous a t-il pas effrayé au début?

Oui, le fait d’être journaliste indépendant n’assure pas le fait d’avoir ni un travail, ni des revenus réguliers tous les mois. D’où l’importance d’améliorer son réseau et de prendre du temps pour proposer un large éventail de sujets qui correspondent à la ligne éditoriale du journal pour lequel tu travailles. 

Comme tout le monde, il y a eu des mois difficiles et vu que parfois on peut être amené à travailler seul, il faut tenir le coup tant financièrement que moralement. Pour ce dernier aspect, les proches et la famille sont des supports très importants. Le métier de journaliste est finalement mal connu et se prête à beaucoup de clichés fantasmés. 

Il faut donc prendre le temps de réfléchir à des sujets, continuer à se documenter, ne jamais cesser d’être curieux, voir des amis pour confronter des points de vue différents. Il ne faut pas, quand on est journaliste,  vivre que pour notre métier. Il faut avoir en tête de garder un pied dans la réalité. Sinon, on devient hors-sol un peu comme ces journalistes très médiatiques qui perdent toute notion du réel et du terrain. « Comment vivent les gens aujourd’hui? Le contexte économique est encore difficile dans le pays, il y a encore des millions de chômeurs, des travailleurs précaires, … ». Toutes ces questions éclairent le débat public. En quelque sorte, être à ses débuts journaliste indépendant est une bonne chose. « Bonne » car elle implique des moments difficiles financièrement mais au moins on garde en esprit « d’où je viens, comment les fins de mois ont été difficiles etc … ». C’est important car sinon, on ne pose pas les bonnes questions à qui de droit et le rôle du journaliste est de provoquer un appel à la raison. Si je voulais comparer, j’utiliserai la photo de presse. Une bonne image en plus d’être forte esthétiquement apporte une information. Là je pense au petit Aylan Kurdi, ce petit syrien mort sur une plage turque. Quand la photo a été publiée, cela a provoqué une onde de choc mondiale. Certains ont été choqués quand d’autres ont réfléchi pour finalement agir, soit en faisant un don à une ONG ou alors en s’engageant. 

-Est-ce que vous pensez qu’un journaliste peut s’auto-censurer? Est-ce que ça vous est déjà arrivé?

Oui, je pense que sous certaines conditions un journaliste peut s’auto-censurer. Si par exemple son article ou son reportage peut mettre en danger des vies de manière imminente ou alors dans le cadre d’une enquête judiciaire pour ne pas compromettre un travail de longue haleine des policiers ou des gendarmes. Il m’est arrivé une seule fois de me censurer. A la fin d’une l’interview, l’homme m’a menacé, que je risquais d’avoir des « problèmes » si l’article ne lui plaisait pas. En clair, si c’était mal écrit, je pouvais le revoir et être agressé physiquement. Vu les risques encourus, j’ai préféré me censurer. J’étais encore jeune à cette époque.

-Est-ce que vous pensez que le journalisme a de l’avenir? Pourquoi?

Oui, le journalisme a de l’avenir s’il accepte de se remettre en question. Tant sur les pratiques qui touchent à la déontologie que sur les contraintes économiques d’un journal. Le journalisme évolue et se doit d’être perpétuellement en réflexion. Face aux informations défaitistes, je milite pour le journalisme de solutions. (http://www.inaglobal.fr/presse/article/le-journalisme-de-solutions-revolution-culturelle-de-linfo-9094) . C’est ce nous faisons avec l’un de mes employeurs. Nous n’apportons pas que des constats trop souvent synonyme de mauvaises nouvelles, il faut apporter une solution, une alternative qui permet de résoudre un problème. Ainsi, une fois informé le citoyen pourra décider (donc voter) en ayant toutes les clés utiles pour son avenir et celui qui l’entoure. 

-Quel est votre avis sur l’importance des réseaux sociaux dans le domaine professionnel?

Les réseaux sociaux sont importants, avec eux on peut toucher des lecteurs  qui ne viennent pas de manière spontanée sur le site d’informations. On peut aussi interagir avec eux suite à un article voire être directement sollicité par eux, généralement des lanceurs d’alerte. L’information n’est plus unidirectionnelle, elle circule. Il faut donc investir Twitter, bien naturellement Facebook, mais aussi Instagram, Snapchat. 

-Pour finir, auriez vous quelques conseils pour notre équipe?


Je voudrais dire à l’équipe du journal que si plus tard vous souhaitez devenir journaliste, il faut persévérer. Si vous avez des idées, il faut oser. Vous irez plus loin. Sortez du lot, faites la différence et on retiendra de vous que vous êtes une personne persévérante. Aussi, il ne faut jamais refuser l’aide. Être aidé, ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est faire preuve d’humilité et montrer qu’un travail bien fait c’est le résultat d’une œuvre collective!

 

-Madadne

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