Interview : Metteur en scène (Martin Palisse), ingénieure son (Chloé Levoy) et un ingénieur lumière (Dominique Mercier)

 

A l’occasion d’une sortie de DISPO nous avons eu l’idée d’interroger Martin Palisse à qui nous avions déjà posé quelques questions rapides avec le groupe dispo, qui est le metteur en scène de cette troupe de jongleurs qui jouaient le 15 Novembre 2016 « Hip 127 La Constellation des cigognes ». Et car, derrière chaque représentation se cachent des hommes et des femmes travaillant sans se faire remarquer afin d’assurer le bon déroulement du spectacle, nous avons aussi eu la chance d’interroger deux techniciens : une ingénieure son (Chloé Levoy) et un ingénieur lumière (Dominique Mercier).

Pour la petite histoire, cette interview n’était pas prévus le jour où nous sommes partit, tout cela s’est décidé à la dernière minute et nous n’avions que peu de temps pour préparer nos questions (on était même pas sûr qu’ils accepteraient). De plus, c’était la première fois que Petit Bout faisait une interview, alors forcément cela a rajouté beaucoup de stress. Mais cela s’est très bien passé, notre professeure Mme.Bastide nous a accompagné pendant l’interview et les deux techniciens étaient très gentils de nous accorder un peu de leur temps pour cette interview que nous vous présentons dès maintenant !

Interview de Martin Palisse

Rédac’ : Tout d’abord, pourquoi choisir ce nom bien particulier pour votre oeuvre?

Martin Palisse – La cigogne est le nom d’une application corporelle symbolique, une assise et un port de bras particulier qui caractérise une ligne esthétique à la fois élégante et animale. Nous avons cherché un nom qui contient ce mot. Pendant longtemps nous avons parlé du projet comme « le projet cigognes ».

Le nom Hip 127 s’inspire du catalogue d’étoiles « Hipparcos ». Les innombrables étoiles sont nommées HIP suivi d’un chiffre à leur découverte. 127 était un chiffre qui nous plaisait, aussi parce qu’il pouvait signifier 1 projet, 2 artistes et 7 jongleurs.

Rédac’ :Comment se sont passées les auditions? Quels ont été vos critères de sélection? A t-il été compliqué de franchir la barrière de la langue?

Martin Palisse – Nous avons organisé trois auditions sous le chapiteau permanent de Nexon à l’hiver et au printemps 2015. En amont, nous avons rédigé une annonce et fait une présélection sur les CV et lettres de motivation. Nous avons retenu une 30 aines d’artistes, femmes et hommes. Il fallait bien sûr avoir un bon niveau de jonglage mais aussi le travail de Jérôme Thomas étant très chorégraphique, en particulier dans cette pièce, avoir une qualité de mouvement. Ensuite il y a des critères de motivation de l’artiste, de disponibilité. L’audition durait trois jours avec un entretien et parfois certains se sont révélés au cours du travail. Pour qu’un artiste soit reconnu, il fallait aussi que nous soyons d’accord Jérôme et moi. Ensuite il s’agit de faire une distribution, c’est un ensemble, et l’équilibre entre les artistes est également important.

Rédac’ : Combien de temps ce projet vous a t-il demandé pour être mis en oeuvre?

-Deux ans.

Rédac’ : Comment se passent les répétitions? Quels sont les horaires?

-Les horaires sont différents selon les phases de travail mais nous travaillions en moyennes 7 heures par jour minimum. Pendant une période Jérôme a été dans une phase « d’écriture », pendant lesquelles nous échangions mais les horaires d’adaptaient aussi beaucoup à son rythme de création. Ensuite nous avons été dans une phase que je qualifierai de répétitions proprement dites, même si bien sûr, il y eu encore nécessité de créer des morceaux de chorégraphie. A ce moment là, les horaires sont fixés. Ils peuvent bouger aussi car c’est un travail très exigeant et parfois il est nécessaire de raccourcir une journée ! les horaires s’adaptent aussi en fonction des lieux et des autres collaborateurs. Le rythme de la dernière période qui se passait à l’opéra s’est adapté aussi aux horaires du lieu et ensuite de l’orchestre, mais aussi des temps qui doivent être consacrés à la création de la lumière ou au son. En gros nous avons travaillé le matin et l’après midi et dans la dernière phase avant les premières, l’après-midi et en soirée.

Rédac’ : Êtes vous angoissé ou nerveux lors des représentations? Avez-vous peur que les artistes n’arrivent pas à correctement représenter et à être à la hauteur de vos espérances et exigences?

-Non pas du tout, je suis excité avant une représentation mais pas angoissé. Et j’estime toujours que les artistes interprètent sont tout à fait à la hauteur de notre exigence, sinon pourquoi travailler avec eux ?

Rédac’ : Qu’est ce que vous aimeriez que ressentent les gens en sortant du spectacle? Quel est le but de votre démarche artistique?

-Je ne me pose pas la question de ce que je voudrais que les gens ressentent en voyant le spectacle. Je créé des spectacles pour que les gens s’émancipent, pour qu’ils confrontent leur sensibilité à des formes nouvelles, après je ne veux pas décider ce qu’ils doivent ressentir, je trouve ça un peu trop présomptueux et dictatorial. J’assume donc tout à fait qu’il y ait des gens à qui cela déplaît, et d’autres à qui cela « parle »

Rédac’ : Combien de temps va durer cette tournée?

-Cette saison la tournée s’arrête au mois de mai et nous jouerons cet été dans le Festival du Pôle Cirque de Nexon au mois d’août dans le chapiteau où nous avons souvent répété. Ce sera une adaptation après une tournée sur des scènes de théâtre et nous allons répéter à nouveau quelques jours. Ensuite, nous ne savons pas encore.

Rédac’ : Qu’est ce qui vous as donné envie de faire ce que vous faites aujourd’hui? Qu’est ce que vous aimez dans votre métier?

-J’aime dans mon métier la possibilité de construire des aventures en partant de zéro. J’aime jongler bien entendu, mais la possibilité d’inventer, seul et avec des autres est une chose incroyable

Rédac’ : Jérôme Thomas vous a initié à sa pratique, de quelle manière?

-Pendant plusieurs années j’ai beaucoup jonglé à ses côtés et il m’a dispensé beaucoup de conseils sur le métier d’artiste autant que sur le jonglage.

Rédac’ : Comment s’est passée la collaboration avec Jérôme Thomas et Roland Auzet ?

-Sur une proposition d’Alain Mercier, directeur de l’Opéra de Limoges, la composition musicale a été confiée à Roland Auzet. Heureux hasard ou destin : il a déjà co-écrit et interprété un spectacle avec Jérôme Thomas, Deux hommes jonglaient dans leur tête. En fait la musique a été écrite avant le spectacle car elle devait être enregistrée au mois de février par l’Opéra alors que la création était en octobre. Roland a écrit beaucoup plus de musique que nous en utilisons dans la version finale, afin que nous puissions avoir le choix. Il est venu plusieurs fois en répétitions à diverses phases du travail, également avec Daniel Segré-Amar qui a été son collaborateur pour la musique électronique qui se mêle aux instruments d’orchestre. Nous avons pu lui demander ainsi de rallonger certaines parties électroniques ou de les raccourcir ce qui n’est pas possible dans la partition jouée ! ensuite le rôle du chef d’orchestre Daniel Kawka est aussi important à l’opéra et le rôle de la régisseuse son Chloé Levoy également. C’est un opération complexe de mêler l’opéra et le cirque !

Jérôme Thomas travaille à inventer toutes les chorégraphies de jonglage, moi je les fais répéter et je mets en scène, c’est à dire que j’organise l’assemblage des chorégraphies entre elles, avec la musique et la lumière.

Rédac’ : Comment avez vous découvert le jonglage? Pourriez-vous vous décrire comme un passionné de cet art?

-J’ai découvert le jonglage à 16 ans, quand un passionné de jonglage m’a appris à jongler. Pour ma part je ne me considère pas comme un passionné, je me considère tout simplement comme un jongleur.

Rédac’ : Si vous pourriez changer quelque chose dans votre métier, qu’est ce que ça serait?

-J’aimerais que l’on arrête de faire croire que le succès est une chose importante.

Rédac’ : Qu’est ce que vous aimeriez répondre aux personnes qui ne comprennent pas l’art contemporain et qui considèrent qu’il n’a pas de sens?

-Déjà je crois qu’il faudrait éviter de parler globalement d’art contemporain, car il y a beaucoup d’artistes et leurs œuvres sont très différentes. Il faut être ouvert et réceptif et n’avoir pas d’a priori.

Parfois ne pas s’attacher à « comprendre » mais d’abord à être touché, ou ému. Il y a beaucoup de façons de rentrer en contact avec une œuvre. Intellectuellement, émotionnellement… Ne pas oublier non plus que l’on peut très bien ne pas apprécier un artiste ou un écrivain dont la valeur n’est pas à remettre en doute, que ce soit Molière ou Mozart qui ont été contemporains de leur temps. L’art contemporain, celui qui restera, est l’art classique de demain. Tout a d’abord été contemporain. Et puis savoir aussi qu’au cours de notre vie, notre perception change et que ce qui nous « parlait » hier, peut ne plus nous intéresser demain. Ou le contraire ! Il y a des œuvres que nous apprécions mieux au bout de quelques années ou en vieillissant.

Rédac’ : Cette interview sera lue par des élèves et des professeurs d’un lycée général de campagne et pourraient peut être faire partie pour la plupart de la catégorie citée précédemment (Après tout, que l’on soit adolescent ou non, nous ne sommes pas forcément tous sensibles à l’art), voudriez-vous leur faire passer un message, quel qu’il soit?

-J’ai l’impression d’avoir répondu lors de la question précédente : pas d’à priori ! Rester curieux ! Et attentifs à ce que nous ressentons !

 

 

Interview de Chloé Levoy et Dominique Mercier

Petit Bout : Qu’est-ce qui vous a plus dans ce métier ?

Dominique : J’ai fait pas mal de chose avant d’en arriver là, j’ai commencé par faire de la musique et après en fin d’étude je me suis orienté vers un cap. Puis plus tard je suis arrivé en âge où j’ai dû faire mon service national (qui était obligatoire), et plutôt que de faire un service militaire j’ai préféré faire un service civil et c’est comme ça que j’ai découvert les métiers du théâtre.

Rachel : Et qu’est-ce que vous aimez dans ce métier ? Qu’est-ce qui vous a motivé à le faire ?

Chloé : C’est les rapports humains, dans le monde du spectacle il y a un truc de l’immédiateté. Par exemple, une représentation ne se passera jamais de la même façon le lendemain, ni le jour d’après. J’ai fait un BTS visuel et audio, option son, et après j’ai fait une école à Lyon pour la création sonore.

Rachel : Comment vous appelez votre métier ?

Dominique : Cela dépend des productions, sur cette production je suis régisseur lumière, je m’occupe de l’installation de l’ensemble des projecteurs, tout ce qui est lié à la lumière, l’installation, les réglages et donc la régis pendant le spectacle.

Chloé : Je fais la même chose mais pour le son.

Rachel : Et s’il y avait quelque chose que vous pouviez changer dans votre métier ?

Chloé : ça dépend

Mme Bastide : Démonter et remonter le matériel par exemple ?

Dominique : Non ça va, ce qui peut être négatif par moment c’est de se retrouver dans une nouvelle équipe de travail, puisque nous ne sommes pas rattachés à un théâtre, et il arrive que les équipes aient des horaires strictes.

Petit Bout : Le fait de ne pas être mis en avant contrairement aux artistes, est ce que ça vous dérange ?

Chloé : Ce n’est pas les mêmes métiers, après ça ne nous dérange pas parce qu’on fait partie du spectacle en quelque sorte

Rachel : Vous vous sentez plus à l’aise derrière ?

Dominique : ça dépend, je suis aussi musicien donc j’alterne !

 

-Une interview proposée par Petit Bout et Mad’

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